Ciné-club - séance du 3 mars 2021

La péripétie

Psychose

Alfred Hitchcock

Psychose commence par exposer la situation de ce qui semble être la figure centrale du film. Marion Crane (interprétée par Janet Leigh) piégée dans une relation sans avenir, décide de s’enfuir en voiture avec l’argent de son patron. Obligée à sortir de la route par un orage, elle s’arrête dans un motel... Cette sortie de route réelle dans le scénario, renvoie au sens que prête non seulement Claire Mercier, mais les grecs anciens, à la péripétie.

Le terme hellénique signifie « le passage subit d’un état à un autre, contraire, d’où un événement extraordinaire, que nous n’attendions pas (...), (et qui) n’a rien du rebondissement »1. Il relève davantage du « dysfonctionnement (...), en tant qu’événement paradoxal qui se tient dans un lien paradoxal avec les autres événements de la fable »2. La péripétie, comme la stase, est pour Claire Mercier « une franche sortie du scénario du film hors du scénario »3.

Cette histoire d’abord contée du point de vue de ce personnage se devrait d’être une constante. Hitchcock la rompt pourtant. L’utilisation puis la disparition soudaine, avant même la moitié du film, d’une vedette d’Hollywood, ne fait qu’accentuer cet effet. La péripétie oriente l’histoire dans une autre direction, prennant dans le même temps les attentes du public à rebrousse poil. Cette situation aussi inattendue qu’invraisemblable est « à l‘intérieur de la fable un «épiphénomène», c’est à dire un phénomène qui accompagne le phénomène fondamental ; seulement cet accompagnement, au lieu d’épouser le développement de l’action, arrête ou troue celui-ci, voire le brise »4

Hui-Ju Wang 

1 MERCIER Claire, La cinéfable, entre drame et récit, L’Harmattan, Paris, 2017, p. 128

2 Ibid., p. 130


3 Ibid., p. 119


4 Ibid., p. 132 

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