Ciné-club du 31 mars 2021 : l'anti-manuel appliqué

L’anti-manuel appliqué

Esther Kahn

Arnaud Desplechin

Esther Kahn est un film anglais réalisé en 2000 par Arnaud Desplechin, auquel contribue Claire Mercier au début de la gestation du projet. Claire Mercier écrit (pour d’autres films) : « « L’entrée de la jeune femme dans la vie » ou la fable cinématographique n’est-elle pas celle qui (nous) introduit dans le devenir »1. Le « devenir » des personnages sur lequel s’étend Claire Mercier dans son ouvrage sur la ciné-fable est parfaitement incarné par le film Esther Kahn.

Pour Claire Mercier, cette dimension de la fable cinématographique est un « mouvement du disparaître immédiat de l’un dans l’autre »2. La jeune Esther, timide et mesquine, semble souffrir d’alexithymie puisqu’elle ne réussit à éprouver de sentiments pour personne. Elle parvient pourtant à poursuivre son rêve et entame une carrière de comédienne. Malgré de belles performances dans de petits rôles au théâtre, elle ne tarde pas à être handicapée par un réservoir absent d’émotions. Un vieil acteur la pousse à s’ouvrir à l’amour et à fréquenter un homme. Elle comble finalement ses manques dans les puissances de la jalousie et de la haine après la trahison de son amant.

Comme le souligne Claire Mercier, « la découverte effective du devenir passe par celle du sexe, de la sexualité, du contact avec l’autre, par la confusion des sexes »3. La métamorphose a effectivement lieu. Esther, à la suite de cette expérience douloureuse se mue en une comédienne qui vit du « réel » au lieu de l’imiter au théâtre. La puissance des sentiments fait d’elle, à mesure qu’elle joue désormais avec ses tripes, une révélation pour le Londres de la fin du XIXème siècle et un sujet anéanti.

Hui-Ju Wang

1 MERCIER Claire, La cinéfable, entre drame et récit, L’Harmattan, Paris, 2017, p. 99

2 Ibid., p. 100.

3 Idem.


En cours de chargement ...

On en parle dans nos actualités